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Le mythe de l'amour-passion : Denis de Rougemont, L'amour et l'Occident

L’amour-passion tel qu’il imprègne nos imaginaires modernes, détermine nos comportements – tel qu’il agit sur nous à notre insu – a une date de naissance et une histoire. C’est cette généalogie que Denis de Rougemont retrace, de l’idéal courtois de Tristan et Iseut, aux avatars appauvris du mythe que sont nos romances  hollywoodiennes.

La thèse de l’auteur est relativement simple : le mythe de l’amour-passion est né d’une rencontre entre l’atmosphère religieuse influencée de mystique cathare, (et donc de manichéisme), et la poésie des troubadours du XIIe s. ; en pleine « crise du mariage » des élites de l'époque (christianisées en surface), il trouve son expression la plus forte, et la plus vraie, dans le Roman de Tristan et Iseut .

Analysant le mythe, Denis de Rougemont touche à l’essence même de la passion et du romantisme qui nous hante ; amour de l’amour, amour du malheur, amour de la mort  : « Nous avons besoin d’un mythe pour exprimer le fait obscur et inavouable que la passion est liée à la mort, et qu’elle entraîne la destruction pour ceux qui s’y abandonnent de toutes leurs forces.  » (p.21) Tout l’art est de mettre en roman cette pulsion sombre, lui donnant le moyen de s’exprimer tout en voilant sa terrible exigence . Les amants ne s’aiment pas, ils aiment la brûlure que provoque l’obstacle, ils chérissent leur tourment, et subliment cette retrouvaille dans une mort qui transfigure. L’amour du roman en Occident découle de cette quête d’une vie rêvée plus vraie que nature, qui s’oppose, par essence à sa réalisation terrestre : « Quel est le vrai sujet de la légende ? La séparation des amants ? Oui, mais au nom de la passion, et pour l’amour de l’amour même qui les tourmente, pour l’exalter, pour le transfigurer – au détriment de leur bonheur et de leur vie même…  »(p.39).

L’auteur poursuit alors, dans un panorama assez extraordinaire de la littérature occidentale (De Pétrarque à Wagner, de Racine à Rousseau) la dégradation du mythe, son assimilation par la culture, sa « profanation »[1] : « La passion prend sa source dans le même élan de l’esprit qui par ailleurs fait naître le langage. Dès qu’elle dépasse l’instinct, dès qu’elle devient vraiment passion, elle tend du même mouvement à se raconter elle-même, que ce soit pour se justifier, pour s’exalter, ou simplement, pour s’entretenir  » (p.191).

A cette divinisation d’Eros, que la majeure partie des gens subit avec complaisance, l’auteur oppose le mariage, construction volontaire, libre, intelligente,fondée sur l’amour-agapè . Avec une subtilité et une nuance remarquable, il montre dans quel mesure le mariage chrétien est le seul cadre qui permette la liberté : « Car la fidélité n’est pas du tout une espèce de conservatisme. Elle est plutôt une construction. « Absurde » au moins autant que la passion, elle se distingue de la passion par un refus constant de subir ses rêves, par un besoin constant d’agir pour l’être aimé, par une constante prise sur le réel, qu’elle cherche à dominer, non pas à fuir. Je dis qu’une telle fidélité fonde la personne » (p.332). Le mariage surmonte l’amour-passion au prix d’une exigence plus haute : l’amour concret et actif de l’autre  ; il est cette « institution qui contient la passion, non plus par la morale, mais par l’amour.  » (p.341). De Rougemont nous livre ainsi quelques très belles pages et formules sur l'amour-agapè .

Il est impossible de résumer cet essai ; il se lit, se médite, se rumine. C’est, aussi, un livre exigent, mais dont la profondeur, l’originalité, en font un de ces livres rares qui aident vraiment à penser. L’anticonformisme et l'audace  de ce fils de pasteur, qui sous bien des aspects, fait penser à Ellul, est salutaire pour l’intelligence et le fondement, en ce qui nous concerne, du mariage. Au-delà de ça, c’est toute la culture occidentale telle qu’elle nous façonne et nous engage qui gagne en transparence. Et c’est pour le lecteur autant de liberté conquise sur l’« empire des mythes » .

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